Interview : Kery James, solidaire et fier de lettres*

Par bordeaux7 le 13 novembre 2017 à 18:20

C’est un Kery James en mode inhabituel qui arrive jeudi au Fémina. La tournée « A.C.E.S. » du premier des hérauts hexagonaux du rap conscient est non seulement acoustique et quelque peu théâtralisée mais elle servira aussi à financer l’accès aux études de jeunes Bordelais en difficulté. Entretien.

Pouvez-vous nous expliquer le principe de l’« A.C.E.S. Tour » ?

A.C.E.S., Apprendre Comprendre Entreprendre et Servir, c’est au départ une association que j’ai créée il y a maintenant une dizaine d’années. L’idée est d’aider les jeunes précaires en finançant leur accès à l’éducation. Et comme on n’a pas de subventions (je n’en ai jamais demandé), on a lancé l’an dernier les tournées pour financer tout ça. À chaque concert, dans chaque ville traversée, nous remettons des bourses à hauteur de 6 000€ à des jeunes locaux titulaires du bac avec un projet d’études (1).

A.C.E.S. s’adresse à tous, pas seulement aux jeunes dits « des banlieues » ou « des cités ». Même si c’est d’abord pour eux que j’ai pensé ça : si j’en suis là aujourd’hui, c’est parce que mon succès est né grâce à ce public de banlieue, avant de s’élargir. Je leur suis resté fidèle, et ce projet, c’est une manière de rendre une partie de ce qu’ils m’ont donné.

Pourquoi avoir fait appel à des parrains issus du monde du sport ou du cinéma, Omar Sy et Florent Malouda l’an dernier, Franck Ribéry et Évan Fournier cette année ?

Pour rallier autour de nous encore plus de donateurs. Et aussi pour donner plus de sens. De nos jours, les jeunes sont de plus en plus nombreux à rêver de devenir acteur, chanteur ou footballeur pour réussir leur vie. Le fait de faire appel à de telles célébrités dans notre projet a un sens fort : ça veut dire qu’eux-mêmes pensent qu’aujourd’hui, le moyen le plus sûr de changer de situation sociale et d’influer sur la société, c’est de poursuivre des études.

Si vous croyez en l’engagement citoyen, quand on écoute votre dernier album « Mouhammad Alix » – « Racailles » en particulier – on se dit que votre regard sur la politique n’a guère changé depuis votre premier album solo « Si c’était à refaire » ou, plus proche de nous, « Lettre à la République » en 2012…

C’est vrai, il n’a pas changé. Je ne suis pourtant pas un apolitique maladif, je suis un pragmatique qui ne refusera jamais de discuter – sans aucune récupération possible. Mais pour moi, la politique politicienne reste un jeu truqué. À l’heure actuelle, rien n’est fait pour pousser les politiciens à respecter leurs engagements, leurs promesses. Et à mon avis, il faudra un grand bouleversement pour que ça change.

Ce qui frappe aussi dans le dernier album, ce sont les morceaux trap. Une façon de rester dans le rap game ?

Il y a de ça oui (sourire). Vous savez, j’ai choisi le rap comme un moyen de dire les choses. En ce moment, il faut ajouter une pièce de théâtre [« À vif », ndlr] dont la tournée a démarré, mon autobiographie à paraître l’an prochain, le scénario d’un long-métrage à venir en 2019… Partout on retrouve mon identité, mes combats.

La musique, c’est un véhicule, un moyen de transport, l’un de ceux qui touchent les publics les plus larges. Et la trap, techniquement ça a l’air facile à faire, mais quand on s’y intéresse de près, ce n’est pas si simple – c’est pour ça qu’il y a tellement de mauvaise trap (rires). Alors créer ces titres, ça m’a beaucoup amusé mais ça reste surtout un moyen de se faire entendre des jeunes.

Le choix de l’acoustique pour la tournée « A.C.E.S. », c’est aussi ça ? Une meilleure façon de vous faire entendre ?

Oui, j’ai toujours eu une petite part acoustique sur toutes mes tournées, parce que j’aime ça, et que ça permet de redécouvrir mes textes, entendre des mots à côté desquels on était passé quand la musique prend, parfois, trop le pas. Le format épuré a plus d’impact. Mais cette tournée, cela va au-delà. C’est un spectacle différent, où les passages musicaux sont entrecoupés de lectures de textes qui ont marqué l’histoire – Malcolm X, Lumumba, Mandela… À la croisée de la musique, du théâtre et de l’éducation.  

Recueilli par Sébastien Le Jeune

Jeudi 15 novembre, à 20h30, au Fémina, 35-40€. Tél. 05 56 48 26 26, www.box.fr et réseaux habituels.

* Clin d’œil au titre de son autobiographie à paraître « Banlieusard et fier de lettres ».

(1) Date limite des inscriptions ce mardi soir minuit. Toutes les infos sur www.keryjamesofficiel.com/aces

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