Mériadeck : la « croix » de Chaban pour Michel Pétuaud-Létang

Par bordeaux7 le 21 septembre 2017 à 22:58

à la fin des années 1960, l’ancien quartier Mériadeck est rasé pour laisser place aux nouvelles constructions. Le maire, Jacques Chaban-Delmas, découvre les maquettes du projet © archives Sud Ouest

L’architecte Michel Pétuaud-Létang est l’auteur du livre « Mériadeck, défense et illustration des quartiers de peu » paru en 2001 chez A édition. Il revient sur l’histoire de ce quartier pas comme les autres.

A quoi ressemblait Mériadeck avant  ?

Il avait un vrai charisme car il était fréquenté par tout le monde. Il y avait des nécessiteurs, des gens pauvres, mais aussi des gens de la bourgeoisie. On y trouvait surtout un marché aux puces très étonnant car c’était le quartier des chiffonniers. Ils passaient dans les rues avec leurs charrettes et ramassaient ce que les gens avaient laissé sur les trottoirs. Ces chiffonniers sont d’ailleurs à l’origine de la création d’une mutualisation des secours. Ils avaient créé une véritable mutuelle des chiffonniers pour s’entraider. Mériadeck est même devenu une commune libre. Il y avait aussi une soupe populaire et tous les migrants, indochinois, africains ou d’Amérique du Sud arrivaient là.

Plus tard, la mairie de Bordeaux a décidé d’y regrouper les prostituées pour les contrôler. Mais tout le monde vivait en bonne intelligence.

Pourquoi le quartier a t-il été rasé ?

C’était un endroit malsain au niveau des égouts et des sanitaires. à l’époque, il fallait refaire dans Bordeaux un quartier fort et donc un quartier neuf. C’était la volonté du maire, Jacques Chaban-Delmas. Mais les gens qui y vivaient se sont accrochés à ces lieux. Certains se sont même suicidés. C’était terrible. Après, on les a relogés au Grand Parc qui venait d’être construit, ou à Lormont.

Quel était le souhait du maire et des concepteurs à l’époque ?

Mériadeck a été inspiré notamment par les travaux de Le Corbusier. Aujourd’hui, c’est le seul quartier en France qui correspond à la charte d’Athènes (édictée sous l’égide de Le Corbusier et qui dresse les fondamentaux de la ville fonctionnelle NDLR). Un plan en croix pour donner une unité architecturale a donc été imposé pour tous les bâtiments. Le problème c’est que ces formes augmentent considérablement la surface des façades et donc le coût de la construction. C’est pour cela que les prix ont explosé. Mais Chaban s’y est accroché. Il a dit à l’époque : « Nous avons accepté le plan en croix, nous le porterons jusqu’au bout.»

Comment expliquez-vous que ce quartier soit mal aimé ?

Mériadeck a été construit selon des principes d’urbanisme assez stricts qui n’ont pas été compris et qui ont été imposés. En plus, la construction a coûté cher et a duré longtemps. La piétonnisation au premier étage avec la construction de la dalle a créé une rupture avec la ville. Le moment où le quartier a été construit, la violence avec laquelle cela s’est fait, tout cela contribue au fait que les gens l’ont rejeté. Et encore, le premier projet prévoyait de construire une rocade autour du quartier. Heureusement, cela ne s’est pas fait. à Bordeaux, il faut rester dans l’histoire, la respecter. Sinon cela ne marche pas.

Quel regard portez-vous sur Mériadeck aujourd’hui ?

Je considère qu’il est intéressant même si son écriture architecturale peut être discutée. Les premiers bâtiments en béton blanc ont été très bien travaillés. Je l’aime car c’est un exemple d’urbanisme mais je préférais le Mériadeck d’avant. Je sais aussi que les gens qui y habitent sont contents. Ils sont au centre-ville, ils peuvent tout faire à pied et ils ont un jardin.

Comment voyez-vous l’évolution du quartier ?

Il va évoluer en s’usant. Il y aura de moins en moins de ruptures. Le Conseil départemental a déjà transformé sa façade pour faire le lien avec la rue. On va ainsi passer progressivement d’un urbanisme de dalle à un urbanisme de rue. Les immeubles se refont petit à petit et à chaque fois, ils se corrigent et vont chercher la rue. Les piétons aussi sont descendus. Avant, on ne rentrait dans les bâtiments que par la dalle. Elle ne bougera plus mais elle va perdre de son étrangeté. Ses franges vont être modifiées pour devenir la continuité de la rue.•

Recueilli par Stéphanie Lacaze

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