Il y a 70 ans, naissait la Cité Castor à Pessac

Par bordeaux7 le 29 novembre 2018 à 00:17

Martine Bourgelas, Evelyne Bertault, Francis Fondeville, enfants de bâtisseurs de la Cité pessacaises avec son château d’eau et ses maisons types. © HELENE LERIVRAIN / BORDEAUX7

Elle aurait pu s’appeler la Cité de l’homme libre. Elle portera finalement le nom de Cité Castor.

« C’était un coup génial. Ce nom a été repris dans toute la France pour désigner les quelque 10 000 maisons de bâtisseurs anonymes qui ont décidé de construire ensemble leur cité idéale », explique Francis Fondeville, fils de bâtisseur et secrétaire de l’association culturelle des Castors de Pessac.

Le mouvement, impulsé par le prêtre ouvrier Etienne Damoran, est donc parti de Pessac en 1948 au moment où sévit une grave crise du logement. « 150 jeunes se sont lancés dans cette aventure et rien ne les arrêtait. Alors qu’aucun n’avait d’argent, une délégation est allée rencontrer le ministre de la Reconstruction, Eugène Claudius-Petit, qui a accepté de considérer l’apport-travail des Castors comme une garantie d’emprunt suffisante, ce qui a permis de débloquer les fonds. Ils se sont, en l’occurrence, engagés à travailler 25 heures par mois sur le chantier et à y consacrer 15 jours de congés payés par an. » Le Comité Ouvrier du Logement a été créé en novembre 1948. Le chantier pouvait officiellement démarrer.

150 maisons

Les Castors ont ainsi construit 150 maisons mais aussi des routes, un château d’eau accolé à un bâtiment accueillant une coopérative d’approvisionnement alimentaire, un ciné-club, une bibliothèque, une salle des fêtes mais aussi un orchestre et une troupe de théâtre « C’était la deuxième tentative française d’auto-construction populaire. A Saint-Etienne le projet n’était pas allé au bout. Les Pessacais en avaient tiré des enseignements : aller vite et attribuer les maisons à la fin du chantier pour éviter que l’enthousiasme ne retombe », précise Francis Fondeville. C’est ce qui a été fait et en octobre 1951, tout le monde était logé.

Les 300 nouveaux enfants ont alors rejoint les bancs de l’école de Pessac. « Cela a changé le quartier puis la ville », reconnaît-il. Deux ans plus tard, la municipalité en place perd les élections et c’est la liste SFIO qui l’emporte avec deux Castors. « Des carrières sont nées avec ce projet. Pierre Merle, par exemple, était un organisateur qui s’est révélé. Il a créé l’entreprise sociale pour l’habitat (ESH) Clairsienne. »

Une identité revendiquée

Egalement fille de bâtisseur et présidente de l’association culturelle des Castors de Pessac, Martine Bourgelas salue une « aventure exemplaire » Ce qu’il en reste aujourd’hui ? « Une belle cité désormais labellisée « Patrimoine du XXe siècle », une gestion de l’eau toujours autonome assurée par des bénévoles, mais aussi un esprit de solidarité et d’amitié. Et surtout une identité revendiquée jusqu’aux petits-enfants. »

Pour autant, « ce n’est plus une cité ouvrière ». Le renouvellement est très rapide et en raison de la flambée des prix, beaucoup d’héritiers n’ont pas pu racheter les maisons. « Ce sont parfois de vrais déchirements », avoue Martine Bourgelas. Aujourd’hui, 35 maisons appartiennent à des bâtisseurs, à leurs enfants ou petits-enfants. D’où l’importance pour Francis Fondeville et Martine Bourgelas de valoriser et diffuser l’histoire de ce mouvement au travers de l’association culturelle des Castors de Pessac, créée en 2011. « L’histoire, on la travaille, sinon elle disparaît. » 

Hélène Lerivrain

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