L’empreinte Le Corbusier à la cité Frugès

Par bordeaux7 le 30 novembre 2018 à 00:35

En 2019, l’ensemble des maisons sera inscrit au titre des monuments historiques. © DOMINIQUE LE LANN

Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis juillet 2016, la cité Frugès-Le Corbusier est une aventure architecturale qui est longtemps restée méconnue.

Fondu dans la végétation, ce quartier hors du commun compte 50 maisons, aux lignes très géométriques, mêlant les pleins et les vides, et aux façades polychromes, azur, vert tendre, ou éclatantes de blanc. Depuis 1983, l’une des bâtisses a été rachetée par la Ville de Pessac et restaurée pour en faire un lieu de visites. Sur quatre niveaux, elle permet d’apprécier tout l’avant-gardisme de Le Corbusier.

Confort inédit

« Il s’agit d’une utopie urbaine complètement révolutionnaire par sa modernité, explique Cyril Zozor, chargé de mission pour le développement de la cité Frugès. Ici Le Corbusier a poussé tous les curseurs de l’expérimentation en termes plastiques, techniques et sociétaux. On est vraiment dans la maison du futur. »

Achevées en 1926, les habitations offrent un confort complètement inédit pour l’époque, avec l’électricité, l’eau courante, la salle de bain, les WC, le chauffage central, les volets roulants… Le tout à un prix accessible pour les ouvriers.

Le projet découle de la rencontre entre deux personnalités : Henry Frugès, industriel bordelais grand amateur d’art, et l’urbaniste Charles-Edouard Jeanneret-gris, dit Le Corbusier. Le mécène acquiert à Pessac une vaste clairière avec l’ambition d’y créer une cité-jardin pour favoriser l’accession à la propriété des classes laborieuses. Les Quartiers Modernes Frugès deviendront ainsi le premier ensemble d’habitat individuel de Le Corbusier. Lumière, circulation intérieure, terrasses, traitement de la mitoyenneté, toutes les réflexions de l’architecte sur le logement collectif sont déjà en germe, vingt ans avant la construction de la Cité radieuse à Marseille en 1952.

Patrimoine

Pourtant le quartier est longtemps resté méconsidéré. Il se paupérise jusque dans les années 1960 pour cause de défaut d’entretien. Ce n’est qu’avec l’acquisition par la Ville de la maison gratte ciel et son ouverture au public que la tendance s’inverse petit à petit. « Longtemps cantonné à des sphères de connaisseurs, le public de visiteurs s’est progressivement élargi. A ce titre, le label UNESCO est une véritable caisse de résonance en termes d’attractivité et de notoriété », analyse Cyril Zozor. Désormais près de 9 000 personnes viennent découvrir le site chaque année. Courant 2019, l’ensemble des maisons sera inscrit au titre des monuments historiques. 4 appartiennent à un bailleur social, les autres sont la propriété de particuliers. La mairie les accompagne. « L’objectif est double : penser la conservation des bâtiments, tout en permettant à ce site de rester un lieu de vie confortable. » Ce qui est sa vocation première.  

Laure Espieu

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