|
Vous l’avez peut-être aperçue en longeant les quais de Bordeaux. Depuis hier matin, une curieuse île flottante habitée a jeté l’ancre au large du quai Saint-Michel, à quelques encablures du pont de pierre.
Sur près de 300 m2, une maisonnette en bois, un potager, une grande pelouse avec table de jardin, un poulailler, une cabane de pêcheur, un enclos avec une chèvre et deux moutons. L’archétype du bonheur à la campagne construit de toutes pièces par une famille, les Laborde, avec l’aide d’une association bordelaise, «Ici c’est ailleurs». Groupuscule d’utopistes intéressés par les questions d’habitat alternatif, Ici c’est ailleurs a l’habitude d’imaginer des concepts novateurs : planter une forêt sur le toit du Grand-Théâtre, construire des logements suspendus sous le pont d’Aquitaine... tellement novateurs qu’ils sont jusqu’ici restés à l’état de projets un peu fumeux. Mais cette fois, l’association semble être tombée sur une famille bien décidée à concrétiser son rêve. « Comme beaucoup de monde, nous voulions les commodités de la ville et la qualité de vie de la campagne explique Marc Laborde, le père. Un jour notre fils Ferdinand nous a dit : on n’a qu’à vivre sur la Garonne ! D’abord ça nous a fait rire, et puis on a commencé à y réfléchir sérieusement». Aidés par quelques membres de la famille, conseillés et encouragés par l’association Ici c’est ailleurs, ils ont travaillé pendant plusieurs mois à la construction de leur île-maison, dans les environs de Tabanac. Une fois prête, sans trop se soucier de savoir s’ils en avaient vraiment le droit, ils sont venus l’ancrer dans Bordeaux. «On a choisi un endroit où on ne gêne personne. Les barges d’Airbus passent sans soucis. Et si jamais on devait se pousser, pas de problème, on se laisse un peu dériver». Cela paraît incroyable, mais le fait est qu’hier soir, personne n’était venu leur dire quoi que ce soit. Bientôt un «aquavillage» ? Les Laborde ont réponse à tout. Sécurité ? «Aucun risque, la barge est insubmersible.» Isolement ? «On est à cinq minutes en bateau du tramway !» à bord, la vie s’organise. Les Laborde ont «pris 15 jours de RTT» dans leurs emplois respectifs (chaudronnier et infirmière au CHU) pour se donner le temps de s’acclimater. Leur fils Ferdinand continue d’aller à l’école tous les jours sur la rive droite et le grand-père s’est installé avec eux. La maison est conçue pour être autonome : panneaux solaires, récupération d’eau, éolienne, etc. C’est très sommaire, mais ça leur va. Quand à l’association Ici c’est ailleurs, elle jubile. «L’habitat flottant n’est plus une utopie, la preuve!» se réjouit son coordinateur Jérome Jauzion. «Pour eux c’est un vrai projet de vie, pour nous c’est une opportunité de débattre des questions d’habitat. Dans une ville qui veut accroître sa démographie comme Bordeaux, il faut penser à des solutions innovantes comme celle-là, qui permettent d’améliorer notre qualité de vie.» Les Laborde ont décidé de créer un blog pour raconter leur aventure (www.icicestailleurs.blogspot.com) et leur vie sur l’île-pavillon. Pour le moment, elle a l’air idyllique. Jusqu’à quand ? • Sophie Lemaire A partir de vendredi et pendant quelques jours, le public pourra s’approcher de l’île en bateau pour découvrir le projet. Se présenter au ponton d’honneur.  |