|
Comment la régisseuse de l’Opéra a-t-elle pu, pendant des années, détourner des fonds sans que personne ne s’en aperçoive ? C’est la question que tout le monde se pose depuis lundi, y compris bien sûr la direction de l’opéra.
Son directeur Thierry Fouquet, le président du Conseil d’administration (et représentant de la ville de Bordeaux) Dominique Ducassou et le directeur adjoint administratif et financier Gérard Lion ont tenu une conférence de presse hier pour évoquer l’affaire.
La régisseuse mise en examen Petit retour en arrière : lundi, la direction de l’Opéra annonçait avoir découvert, dans le cadre d’un procédure interne de contrôle, des détournements. Ce sont deux chèques émis au nom de la régisseuse sans justification qui ont attiré l’attention. Celle-ci aurait alors reconnu avoir détourné des fonds pour un montant de 137594€ depuis le début de l’année. L’Opéra a immédiatement porté plainte et la régisseuse a été placée en garde à vue. Ce sont ensuite les enquêteurs qui ont pris le relais et la direction de l’Opéra dit avoir appris «par la presse» que la régisseuse aurait avoué des détournements plus anciens, pour un montant qui pourrait atteindre le million d’euros. La quinquagénaire menait dans sa résidence de Bonnetan un train de vie bien plus luxueux que ses revenus n’étaient censés le lui permettre. Hier, elle a été mise en examen et placée sous contrôle judiciaire. Son époux a été mis en examen pour «recel» de ce délit et également placé sous contrôle judiciaire alors qu’il nie tout lien avec cette affaire. Employée de l’opéra depuis 1997, régisseuse depuis 2002, Corinne Auguin n’avait jamais éveillé les soupçons. Il semble qu’elle avait même la réputation d’être très tatillonne dans ses fonctions. «En effet, confirmait hier Dominique Ducassou, c’est pour ça que c’est une vraie douche froide pour tout le monde». La surprise passée, la question des responsabilités et de l’efficacité des procédure de contrôle s’est évidement rapidement posée. En marge de l’enquête de police, l’Opéra a lancé sa propre enquête interne «pour comprendre comment cela a pu se produire et mettre des garde-fous pour se protéger à l’avenir».
Les contrôles n’ont rien vu Malgré ses procédures de contrôle, l’Opéra qui dispose d’un budget conséquent alimenté par des fonds publics n’a rien vu pendant des années. C’est un peu embarrassant. Mais il n’est pas le seul. Et Dominique Ducassou tient à le faire savoir : le 22 juillet 2010, au terme d’un contrôle approfondi, la Chambre régionale des comptes n’a rien trouvé à redire sur la gestion de l’établissement. Un an plus tard, le comptable public a également mené une analyse des procédures des opérations de la régie comptable et n’a pas relevé d’anomalies particulières. Incroyable ? Pas tant que cela, à en croire les dirigeants, qui mettent en avant la particularité du mode de gestion des opéras. Depuis 2002, l’Opéra de Bordeaux fonctionne en effet dans le cadre du statut de «régie personnalisée». Il est indépendant en matière de gestion mais relève de la comptabilité publique. C’est la direction de l’opéra (administrativement, son président) qui engage les dépenses, mais c’est un comptable public relevant du Ministère des finances qui signe les chèques. La séparation entre ordonnateur et payeur est censée être une garantie contre les dérives. Problème : cela génère des délais pas toujours compatibles avec le fonctionnement au jour le jour de l’établissement. Il existe donc une «régie comptable» qui dispose d’une enveloppe pour les dépenses courantes et la billetterie. Cela ne représente qu’une faible part du budget de l’opéra (une enveloppe de 750000€ quand même), mais elle est entre les mains du seul régisseur. En l’occurrence une régisseuse, qui n’a pas hésité à en détourner une partie à son profit direct. «Notre enquête va devoir permettre de vérifier qu’il n’y a pas d’autres failles, expliquait hier Gérard Lion. Pour verrouiller vraiment ce que l’on pensait déjà verrouillé».• SL |