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Ils se battent seuls et le combat est rude. Les cinquante salariés de l’entreprise Commscope de Bruges, spécialisée dans les équipements de télécommunication, sont promis au licenciement mais ne savent toujours pas à quelle sauce ils vont être mangés. Face à eux, un énorme fonds d’investissement américain, Carlyle (plus de 12500 salariés à travers le monde), qui les a rachetés en janvier 2011 avant d’annoncer la fermeture du site huit mois plus tard.
« Les activités vont être dispatchées ailleurs en Europe, en Chine et aux Etats-Unis », explique Aurélien Gomet, l’un des représentants du personnel qui gérait tranquillement le petit comité d’entreprise avant de se retrouver, du jour au lendemain et sans expérience du haut de ses trente ans, confronté à ce plan social « aux actions de reclassement complètement dérisoires. » Un bras de fer commence alors devant les tribunaux qui déboutent les salariés en première instance avant de leur donner finalement raison : en janvier dernier, la Cour d’appel retoque le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) proposé par Carlyle, sommé de revoir son offre à la hausse.
Une multinationale aux ressources « gigantesques » Deuxième plan dévoilé fin avril, deuxième déconvenue pour les salariés : « Il n’y a quasiment aucune avancée : le groupe ne propose que quelques postes en Allemagne, en Chine ou en Inde – avec obligation de parler la langue du pays concerné ! Les formations de reconversion sont insuffisantes, bref, c’est un simulacre de PSE, comme l’a constaté l’expert-comptable indépendant que nous avons mandaté. » Selon Aurélien Gomet, le rapport de cet expert est très clair : « le motif économique invoqué par Carlyle pour fermer le site n’est pas valable, la société était bénéficiaire avant qu’on lui impute des pertes qui auraient dû être assumées par la multinationale. » Ce point est également relevé par les élus locaux qui soutiennent les salariés de Bruges. Dans un courrier adressé aux dirigeants de Commscope, Alain Rousset, Philippe Madrelle, Vincent Feltesse et Brigitte Terraza rappellent les ressources financières « gigantesques » de l’actionnaire principal Carlyle (notamment un bonus de 413 millions de dollars versés en 2011 aux trois fondateurs du groupe) et le prient d’assumer toute sa « responsabilité sociale. » Un courrier aux allures de bouteille à la mer et qui n’a reçu, pour l’heure, aucune réponse. Sur le site de Bruges, les salariés sont dans l’expectative, espérant obtenir de nouvelles propositions de leur direction sous la menace, dans le cas contraire, de repartir devant les tribunaux. Pas toujours facile de garder espoir, avoue Aurélien Gomet, confronté à « une armée d’avocats » et un directeur local, Raymond Tilmant, qui estime, quant à lui, que « les dispositions légales en France sont déjà très favorables aux salariés. »•
Anne Chaput
Photo : A l’entrée du siège de Commscope, à Bruges, une banderole rappelle que des emplois sont également menacés à Saint-Jean d’Illac chez Zodiac, une autre société du groupe Carlyle.
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