|
Le plasticien Guillaume Renou qui expose depuis plusieurs mois son «Crocodile» dans les jardins de la mairie reproche à la ville une mauvaise gestion de son oeuvre. Il a engagé une action en justice
L’idylle n’aura pas duré très longtemps Installée depuis plusieurs mois maintenant dans les jardins de la mairie de Bordeaux, l’œuvre de Guillaume Renou, le «Crocodile», commence à faire des remous. D’un patchwork de couleurs reluisantes, alternant au gré de la lumière, le vert, le rouge ou le bleu, la gueule ouverte et prête à mordre, la sculpture est au centre d’une lutte «féroce». Mis en place l’été dernier, le Croco devait dans un premier temps rester exposé jusqu’au 20 août. Mais finalement décision a été prise de le prolonger dans le cadre du festival d’art contemporain Evento, afin de permettre aux bordelais partis en vacances de profiter de la sculpture. Ces manifestations étant terminées, le «croco» lui, est toujours là et ne veut plus bouger. En cause : un différend financier opposant l’artiste à la ville mais aussi, des dégâts qui auraient été infligés au reptile. Ainsi, le plasticien Guillaume Renou, reproche aux services municipaux une mauvaise gestion de son œuvre. « Je suis en colère. Plusieurs dégâts ont été occasionnés par les employés municipaux ; la structure est tombée lors de son installation mais la mairie n’a pas déclaré le sinistre ». Et de préciser qu’il engageait une procédure judiciaire. «J’ai pris un avocat et on va demander une expertise pour estimer les dégâts ». Une expertise à la charge de l’artiste qui ne devrait pas avoir lieu avant plusieurs mois et qui, en attendant, oblige Monsieur Croco à rester en place. Quant à l’aspect financier, là encore, un désaccord oppose la ville à l’artiste. A ce jour, le plasticien a reçu 1000 euros de la part de la mairie pour son oeuvre. «Au début du projet, la ville ne voulait rien payer, stipulant que l’exposition allait me faire de la publicité». Insuffisant pour l’artiste qui explique qu’il a été obligé de trouver des mécènes (Almet et Steelcolor) qui lui ont fourni la matière première, c’est-à-dire l’acier. En coût de production, l’artiste estime que son œuvre vaut 100.000 euros (deux années de travail, les matériaux, les démarches administratives…). «La mairie de Bordeaux ne considère pas les artistes locaux à leur juste valeur. Elle préfère aller chercher des artistes extérieurs à grands frais». De son côté, la mairie de Bordeaux attend que la justice fasse son travail. «L’artiste a décidé de déposer un référé, c’est une action en justice, donc l’expert rendra son expertise et la mairie se conformera au jugement rendu par le tribunal ». Jusque là, le crocodile devrait donc rester en place, sauf si l’artiste en décide autrement ou qu’un acheteur pointe le bout de son nez. Une tête (de croco) qui vaut 300.000 €, selon Guillaume Renou. Avis aux amateurs ! Yannick Laborde  |