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Documentaire : le courneau refait surface PDF Imprimer Envoyer
Jeudi, 27 Octobre 2011 21:55

France 3 Aquitaine diffusera le 9 novembre un documentaire réalisé par Serge Simon sur un épisode méconnu de l’histoire locale.

«Une pensée du Courneau» raconte la construction en 1916 d’un immense camp militaire destiné à accueillir pendant l’hiver les tirailleurs sénégalais enrôlés par la France dans le cadre de la Première Guerre Mondiale. Bâti derrière la dune du Pyla dans une zone humide, il a connu pendant deux ans une effroyable mortalité due à une épidémie de pneumonie. Pour tenter d’y faire face, la médecine militaire a vacciné des centaines d’hommes avec un nouveau vaccin sans l’avoir testé au préalable. Plus d’un millier de tirailleurs sont morts dans ce qui était appelé «le camp des nègres» ou «le camp de la misère». Coproduit par France 3 Aquitaine et la société béglaise Grand Angle Production, le documentaire a été réalisé par le médecin et ancien rugbyman Serge Simon qui, encore une fois, se trouve là où on ne l’attend pas. Explications.

Comment avez vous eu connaissance de l’histoire du camp ?
S. Simon : Je m’intéresse depuis longtemps à l’histoire des tirailleurs sénégalais. Dans le cadre de mes recherches je suis tombé à plusieurs reprises sur une phrase évoquant un camp à la Teste, qui était surnommé le «camp de la misère», dans lequel un millier de tirailleurs sénégalais auraient été enterrés. Je me suis dit que ça ne pouvait pas être vrai : on en aurait forcément entendu parler ! En allant sur place je suis effectivement tombé sur la nécropole, puis j’ai rencontré des anciens combattants et des historiens amateurs qui avaient fait des recherches sur ce camp. Enfin j’ai rencontré des médecins, notamment ce spécialiste qui a travaillé sur l’histoire de l’expérimentation humaine. Il connaissait l’épisode de la vaccination des tirailleurs mais pas l’existence du camp du Courneau. Il a fallu réunir toutes les pièces du puzzle.

Vous avez dû tourner ce documentaire de 52 minutes avec très peu d’images d’archives...

C’est bien simple : il n’y a pas de sources iconographiques, rien du tout ! C’est incroyable ! Les seules images du camp que nous possédons sont des cartes postales envoyées à l’époque par les militaires français du Courneau. C’est un historien amateur - qui témoigne d’ailleurs dans le documentaire - qui a effectué ce travail de recherche et qui est à l’origine de tout. En dehors de ces photographies, il n’y a rien. Même dans les archives de l’armée. Les images dynamiques présentées dans le documentaire viennent d’autres camps de tirailleurs comme celui de Fréjus.

Parce qu’on a voulu faire oublier cet épisode ?

Je ne pense pas. Je n’ai eu aucun problème pour travailler avec l’armée, les archives sont largement ouvertes, il n’y a pas de volonté de refouler des choses. Ce sont des mécanismes indirects qui ont fait qu’on a oublié le Courneau. D’ailleurs ça n’est pas tout à fait vrai, puisqu’en 1965 les anciens combattants ont fait édifier une stèle à l’emplacement de la fosse commune. Ensuite il y a eu ce livre des historiens amateurs sur l’histoire de la Première Guerre Mondiale sur le Bassin d’Arcachon. Puis mon film... je pense que la mémoire a simplement besoin de temps.

Votre film n’est d’ailleurs pas une charge contre l’armée française...
Non, ça n’était pas du tout mon objectif. L’histoire en elle même est tellement forte qu’elle n’a pas besoin de cela. ça ne m’intéresse pas de créer une polémique aujourd’hui sur des faits de l’époque. J’ai voulu mettre en lumière les débats contradictoires qui avaient eu lieu au moment des faits. Car il y a eu débat sur la conduite à tenir et en des termes d’ailleurs très modernes pour l’époque. Mais maintenant que l’histoire est connue, qu’on a retrouvé les noms des hommes enterrés dans la fosse commune du camp, j’espère qu’on pourra leur rendre leur identité. Peut-être même retrouver leurs familles.•
Recueilli par Sophie Lemaire
Avant-première mercredi 2 au Jean Eustache à 20h.

 
 

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